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nicolas Ribol - La garde du 1er janvier 2000

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C'était y'a pas si longtemps. Je jouais avec application le prélude N° 20 de Chopin, vous savez, celui qui ressemble tant à une marche funèbre. Ma fille est venue m'annoncer que je serai de garde pour le week-end de l'an 2000. Cela m'a fait quelque chose.

Depuis si longtemps, je m'endors en règlant mon souffle sur celui de la femme qui dort à mes côtés. Sa chaleur devient la mienne, sa nuit aussi. Moment de paix, si régulier et si fugace, dans lequel nos corps se touchent. L'âge venant, nos téguments se fanent et nos os deviennent de plus en plus proches.

C'est toujours le même cauchemar qui me revient : je suis allongé dans ma tombe et je repose en paix. Soudain, un grincement sourd me réveille brusquement: on ouvre et je vois, je sens, le cercueil de cette femme qui descend lentement se poser sur le mien, il pèse de tout son poids et cache le peu de lumière qui me parvenait.

Ce jour là, j'avais sous les doigts les notes d'ivoire de mon piano et la perspective du nouveau millénaire. Un renouveau possible à travers le sentiment de veiller à mon tour plus longtemps que le destin.

J'ai accepté cette garde.

C'est une année à grippe, propice aux pneumonies: ce sera mon alibi.

J'ai dans ma clientèle, une dizaine d'insuffisants respiratoires qui s'accrochent éperdument pour franchir le cap de l'an 2000. Je ne sais pas pourquoi, mais à chaque visite, je sens qu'ils se surmènent pour être encore en vie ce jour là, comme si leur lutte quotidienne pouvait y trouver un sens.

J'avais limité la durée de mes ordonnances jusqu'à la Saint-Sylvestre pour ètre bien sûr qu'ils auraient besoin de moi à la date du grand passage.

Cette nuit là, la tempête surprit tout le monde. Je conduisais. Les nuages roulaient comme de gros oreillers au dessus de ma tête, le vent fouettait les arbres comme un drap lourd et humide, j'avançais comme dans un rêve parmi les éléments.

J'avais attendu la nuit, faisant attendre les appels et monter l'angoisse.

Je les avais choisis, je les connaissais si bien et depuis si longtemps. Ma lutte contre les éléments, mon dévouement, leur chambre et leur lit et pour finir il suffisait d'un regard apaisant avant de les étouffer patiemment sous leur traversin.

Une mort en pleine épidémie, en pleine tempête, mais si calme et si reposante que je la dispensais avec une sensation de moelleux et de douceur.

nicolas Ribol - La garde du 1er janvier 2000 Je suis rentré chez moi, juste avant minuit. Le réveillon était prêt et la télévision allumée. On s'inquiétait pour moi, l'électricité a sauté mais les bougies étaient prêtes, blanches et élancées comme des cierges.

Les amis étaient restés chez eux, ma femme était allongée sur le divan. Je me suis penché sur elle et je l'ai étouffée jusqu'à ce que je sente qu'elle reconnaisse dans mon regard les yeux de son père.

C'était à son tour de guetter la descente de mon corps pour une ultime et interminable étreinte.

C'était à mon tour de me préparer à la réveiller.

Je suis allé vers le sapin et j'ai décroché l'enveloppe. Cela faisait longtemps que je la faisais attendre. Moi, j'avais déjà ouvert mon paquet à Noël et rangé un pyjama confortable.

J'avais dit, dans cette enveloppe, "c'est pour un beau voyage, on l'ouvrira à Minuit".

Le carillon a sonné, j'ai compté les coups, puis j'ai ouvert l'enveloppe, j'ai rempli le formulaire d'avis de décès et j'ai fait don de son corps à la science pour éviter tout soupçon.

Il y en a qui disent que le prochain millénaire sera mystique ou ne sera pas; pour moi qui officie, il ressemble plûtot à une sorte de grosse couverture ou mieux une sorte de couette qui recouvre un petit peuple sous l'oeil vigilant mais discrètement assoupi de ses médecins de garde.

Marc Godart février 2000


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